Biographie Bernard Mahy

Catherine Lara vue par Bernard MahyPremière biographie consacrée à Catherine Lara.
Imprimé le 18 octobre 1977 dans les ateliers des Editions V.D.H. 358 rue Léopold 1 à 1090 Bruxelles.
Ce petit livre contient 95 pages se compose de deux parties : 49 pages de texte et 46 pages de textes de chansons.
Voici un extrait :

« Afin de couper court aux bruits qui pourraient circuler et afin de conserver la fragile tranquillité de ma tumultueuse vie privée, je vous déclare ne pas être le « boy friend » de Catherine Lara et ceux qui connaissent bien Catherine ne douteront pas un seul instant de ce que j’avance. Par contre, ceux qui me connaissent pourront peut-être en douter …
Si je suis bien l’impresario de Catherine, ce n’est pas à ce titre que j’ai écrit cet essai.
S’il a vu le jour, c’est uniquement dû au fait que j’avais envie de passer du temps sur un sujet peut-être trop mal compris et de partager la carrière de celle qui est pour moi un des grands événements musicaux de ce dernier quart de siècle.
Bien sûr, cet essai est plein de défauts. On reste un peu sur sa faim. J’aurais voulu décrire le côté railleur de Catherine Lara, son énorme côté face, son aspect Charlot, son vocabulaire argotique qu’elle enfile le week-end comme d’autres enfilent un jeans, traduire son esprit « hara kiri » qui éclate comme une bande dessinée de mauvais goût, son côté femme pile et face.
Mais, tout est imparfait, irrationnel et impulsif. Je ne pouvais donc faire exception. »
Bernard Mahy

...Où est la « grande musique » ? Dans l’âme des Maîtres anciens ou dans celle des Maîtres modernes ?
Est-il impensable que vivant à notre époque Bach soit un des 4 Beatles et Beethoven un autre Ferré ?
N’auraient-ils pas été tentés, eux aussi, d’utiliser la dimension nouvelle de l’électronique, de passer à l’Olympia ou de faire des beaux soirs de Las Végas ?
Je ne les imagine pas s’appliquant à recréer l’ambiance nécessaire du temps passé. Les interprètes existent pour cela. Eux, c’étaient de gigantesques créateurs.
En donnant naissance à une nouvelle génération de musiciens et de chanteurs, véritables héritiers contemporains des « Maîtres » de la Musique, de la poésie et de la chanson populaire, le monde s’est offert un nouveau gadget ambitieux qui n’est encore qu’à l’aube de son évolution.
Avez-vous déjà songé à ce que serait notre vie sans musique ? La platine, la cassette, l’auto-radio nous sont devenus des objets tellement familiers qu’ils deviennent de véritables compagnons.
Depuis sa diffusion en grande série la chanson occupe indiscutablement dans la musique une place prodigieusement privilégiée. C’est le cœur même de l’élan musical de notre époque, le tempo de notre vie, qui nargue étrangement les règles absolues établies par les pontifes maladroits de la ségrégation musicale.
Pendant une bonne partie de ce siècle, c’est vrai, le temps, en France, n’était pas à la création.
Le déferlement anglo-saxon des rythmes et des sons, qui envahit nos yeux et nos oreilles, drainant comme un seul fleuve le talentueux et le médiocre, renversa toutes nos habitudes.
Le public et la « grande » et la « petite » musique rigoureusement cloisonnée, éclata à en devenir une multitude de publics.
L’homme ne pouvait plus musicalement appartenir à une seule conception, car dans son époque les arts se mélangeaient tout comme les traditions et les ethnies.
Seuls résistèrent quelques nostalgiques créatifs de la musiquette guimauve. D’autres aussi prirent le chemin de la copie sorte de traduction musicale - parfois très réussi - de ce qu’était le cri d’un autre monde.

« La musique s’arrête sur l’homme
et suit sa course Ad Libitum »
(Ad Libitum)

Catherine LaraDans certains pays la création prenait des allures de défaite.
Londres, New-York et Amsterdam vivaient à un rythme plus élevé. La peinture, le cinéma, la littérature et le spectacle s’inventaient là-bas. La musique aussi.
Où était le second souffle de France ?

Heureusement, dans la chanson, certains sauvaient par la magistrale poésie du texte associée à une vérité qui leur était propre, le rêve de la réconciliation.
Mais, peu ressentirent l’évolution créative comme la conjugaison de la culture avec la tentation de l’avenir.
Peut-être certains créateurs manquaient d’imagination, de réelle curiosité ou tout simplement de formation…
Il faut avouer que notre soif constante de nouveauté, surtout dans le domaine musical, a obligé le producteur de nous offrir la rose et l’ortie dans le même emballage cadeau.
Ce n’est pas tous les jours que naissent les Elton John, Stevie Wonder, ou Catherine Lara alors, je ne vois pas pourquoi ce Monsieur, entre les entractes, ne nous présenterait pas une nouvelle star de la chanson qui plaît plus à l’œil qu’à oreille, d’autant plus, que parfois, par un miraculeux hasard, on lui découvre tardivement un talent qui était fichtrement bien caché.
La tentation des vrais musiciens était grande, eux qui travaillaient sans relâche Bach et Vivaldi dans l’anonymat d’un Conservatoire inconnu.
En culottes courtes ou en socquettes blanches, ils subissaient, eux aussi, l’écho anglo-saxon de leur génération.

Avec une évidence : ils découvraient ce que les autres cherchaient. Saint-Saëns, Debussy, Ravel et Brel se conjuguaient avec Stevie Wonder et les Beatles. Le résultat de l’équation donnait, dans une pensée commune, naissance à cette nouvelle génération que l’on connaît encore trop peu aujourd’hui.
C’est dans ce contexte que Catherine Lara, véritable chef de file de ces nouveaux venus est, sans doute, comme l’a dit Ferré, l’Espoir de la chanson et de la musique en France.
Ses cheveux noirs tachés de gris tombent aérés sur ses frêles épaules. Je la trouve jolie, un peu petite mais bien proportionnée. Elle fait partie de ces femmes qui peuplent les rêves quand on imagine une maîtresse.
Ses yeux ont la forme de ceux des loups quand ils sont câlins et qu’ils vous regardent passer…
Quelquefois on lui reproche son nez trop long.
Hamilton, le célèbre photographe anglais a, quant à lui, accentué sur une de ses pochettes de disque la forme de ce que San Antonio appellerait dans son truculent langage, un tarin.
Antoine y verrait Cléopatre et, Yvonne y retrouverait peut-être Charles.
A une époque où l’on a besoin d’identification, où la manie de résumer les personnages en un seul mot est notre réflexe le plus immédiat. Je vous pose carrément la question : comment faire avec Lara ?

« Moi je ne suis personne
je ne suis pas
comme l’ombre de cet homme
qui marche sur mes pas
et qui se prend pour moi
et qui me veut pour lui »
(Personne)

Mille personnalités l’habitent ; même pas deux de ses photos ne se ressemblent ; on l’associe à un violon et, elle se met à jouer du piano. Musicienne ? Instrumentiste ? Chanteuse ? Interprète ? Créatrice ? Pas moyen de simplifier avec elle : elle est virtuose en tout.
D’une espièglerie faite de finesse, le monde de l’enfance ne la quittera plus jamais car, à cinq ans, elle était déjà adulte, elle qui, entourée d’une famille de musiciens, s’appliquait sur un petit violon fabriqué spécialement à sa mesure.
Sa vie est un spectacle permanent et la fête est son quotidien. A travers ses folies les plus inimaginables, on sent la détermination des perfectionnistes et une volonté qui s’accomplit en mouvements successifs.
Qu’il soit midi ou quatre heures du matin, la réalité de son existence se restitue dans la musique. Disponible à tout moment pour l’idée, la complicité de Catherine Lara avec les sons est totale. Avec les mots aussi.
A tel point que le calembour est fertile dans son vocabulaire. C’est un peu comme si Freud Astaire levait son ver à la santé de Mickey, l’ange.
Vous voyez, Lee mâche !
Mais le mot pour elle est aussi et surtout musique.
Son travail avec les paroliers est le résultat d’une communion de pensée. L’architecte du mot est la poésie de la musique. Et inversement. Tout défile. Rapide et subtile.

« Les déserts seront changés
en milliers de sabliers
Pour passer le temps
De l’éternité »
(T’as pas le temps)

Elle nous force à pénétrer dans son monde qu’une première écoute ne nous satisfait pas car rien n’est figé.

« Ivre d’images
Tu as l’air d’un nuage
Tu ne fais que passer
Mais tu n’es pas pressé »
(Ivre d’images)

Il est normal, dès lors, que l’émotion ne se traduise pas au cours de cette première écoute.
Mais, par contre, trouvez-vous normal de poser un jugement expéditif, d’affirmer par exemple – d’emblée - qu’une musique atteint la perfection technique mais qu’elle est dépourvue de sensibilité ?
Non n’est-ce pas ?
Pourtant, certains ont parfois exprimé avec erreur ce jugement sur Catherine Lara.
C’est mal connaître sa musique et méconnaître la femme qu’elle est.
Si Catherine se défend d’être une intellectuelle, c’est une sensitive qui a l’intelligence, de l’équilibre.

« Est quand je pers l’équilibre
Je m’accroche au diapason »
(Si tu penses)

Aucune ambiguïté n’existe dans son comportement : elle s’inscrit dans cette lignée des êtres qui sont vrais, pleins de forces génératrices, de doutes angoissants, d’enthousiasmes communicatifs, de contradictions sans incohérences.
Elle ne demande pas à l’art d’être une explication, ni à son œuvre de prouver quoi que ce soit : il lui suffit d’être traversée par la beauté.
Il est déjà significatif que l’ex-premier violon de l’orchestre des Musiciens de Paris puise de nouvelles ressources dans la création du magistral MORITURI ou dans la musique de films comme « Docteur Françoise Gailland » ou encore « On s’est trompé d’histoire d’amour » qui fut une chanson avant de devenir un film.
Sa musique est à l’image de son signe : gémeaux.

C’est une polygraphe au sens plein du mot. Dans chacun de ses disques l’atmosphère est différente.
Les réussites sont diverses, c’est naturel. Mais, partout l’auteur de « L’Hiver » a laissé sa griffe qu’on ne juge sainement que si l’on prend le temps de l’écouter. Et, prendre ce temps est une chose difficile à notre époque où l’on consomme, sans digérer, la pollution des sons.

Catherine lara« T’as pas le temps de savoir
Dépêche toi de tout voir
Prend le temps de donner
Tout le temps que tu as
T’as pas le temps de t’en faire
Dépêche toi de tout faire
Prends le temps d’écouter
Le temps démesuré »
(T’as pas le temps)

 

On poursuit le cours de l’histoire
Sur un cahier quadrillé
Et quand la guerre était terminée
Il était quatre heures et quart
Et l’on tournait les pages
Et puis tout s’effaçait
Comme s’il y avait
Un peu de craie
Dans l’encrier…

Le texte est de Daniel Boublil, un parolier dont l’imagination du mot colle souvent aux phrases musicales de Catherine Lara. Tous les mots sonnent : ils sont traduits en son et, Lara utilise sa voix comme un instrument pour leur donner toute leur dimension.
Avant le sens du mot, pour Catherine, il y a le son du mot. Ce qui n’enlève rien, comme on le voit à la simplicité et à la beauté du texte.

Inventer ! Charlie Chaplin avait des principes définitifs en matière d’art. « Il existe deux catégories d’artistes » disait-il volontiers, « les créateurs et les esclaves, les cerveaux et les interprètes. Les premiers ne dépendent que d’eux-mêmes. Les seconds dépendent des créateurs ».


Catherine Lara texte de William ShellerCatherine Lara n’est pas d’accord avec ce principe car elle considère que sans les « esclaves », les créateurs ne se survivraient pas. Pourtant, elle n’a jamais dépendu que d’elle. Elle donne, elle impose, elle insuffle un style musical, une ambiance de sons et de tons.
Jamais elle n’est à la merci d’un directeur artistique, d’un musicien, d’un orchestrateur qui pourraient – s’ils étaient mauvais – la conduire à la médiocrité.
Et, c’est cela qui fait la différence : inventer plutôt que de suivre, dicter plutôt que transcrire.
Elle n’est pas seule. Fort heureusement les artistes ont souvent cette chance d’être en communion avec les courants créatifs qui se rejoignent.
C’est ainsi, que Catherine Lara peut s’enthousiasmer pour la musique d’une Joni Mitchel, pour un film de Ken Russell, pour un spectacle de cirque, pour la vérité d’un Brel ou pour la symphomanie de William Sheller. (Ce dernier a d’ailleurs dédié, dans un de ses disques, une chanson à Catherine.)
Demain, ce sera autre chose. Mais l’admiration du talent reste, quels que soient le temps ou le ton qui les séparent. Féroce quand il s’agit de médiocrité, Lara peut être aussi destructive qu’elle est enthousiaste…

Sur la rive gauche de la Seine, dans les Yvelines, entre une ancienne collégiale et une église du XIIe siècle construite sur l’emplacement d’un sanctuaire mérovingien, à coté de la villa Savoye réalisé par Le Corbusier, se dresse, dans une ambiance de vacances et de bonne chère, une ville pleine de charme où se terre encore la bonne bourgeoisie française : Poissy.
C’est là que Catherine Lara est née, c’est aussi le cœur de son éducation musicale.
C’est Denise Tirard, son professeur du Conservatoire de la Caecilia, qui a poussé Catherine Lara à aller plus loin, à faire le Conservatoire de Versailles puis de Paris.
On sait que Catherine Lara était reconnue, dès son plus jeune âge, comme une instrumentiste rare. A 13 ans, elle avait un Premier Prix de violon à Versailles, à 20 ans un deuxième Prix de violon à Paris et, l’année suivante, toujours à Paris un Premier Prix de Musique de Chambre.
« Au Conservatoire de Paris » dit-elle, « on m’a enseigné la souplesse, la fluidité mais je n’ai pas appris à être musicienne. »

Faire de la musique, c’est avec les musiciens de folk, de jazz et de pop qu’elle l’apprend. Avec ceux qui vibrent dans l’univers choisi des sons et des rythmes, des pulsations et du « feeling ».
Si elle devient violon solo des Musiciens de Paris et qu’elle atteint parfaite maîtrise de son instrument, c’est sur sa guitare qu’elle fait la fête en tournée.
Eh Lara ! joues-nous un truc.
Elle rit à se faire racler la gorge. C’est comme ça qu’elle entre dans la chanson : en cristallisant l’émotion des musiciens – ses complices – après un concert de Vivaldi.
Chaque soir, c’est une autre fête et Lara chante, chante, chante à n’en plus finir.

« Pour ne plus être seule
pour traverser les murs
Pour que ton air soit pur
Chante, chante, chante »
(Chante)

Une des plus grandes joies que l’on puisse éprouver est sans doute de réaliser sa vocation.
C’est, en tout cas, ce que déclare Marcel Bleustein Blanchet qui, en 1960, crée une œuvre de mécénat collectif : la Fondation de la Vocation.
Dans chaque discipline (science, musique, peinture, sport, etc…) un jury constitué par trente personnalités éminentes dont huit académiciens, sélectionne des jeunes qui sont l’avenir de la France.
C’est en 1968 que Catherine Lara reçoit le Prix de la Vocation au titre de violon solo.
A cette époque, sa carrière semble tracée. Et pourtant !
Elle va volontairement la transformer, plonger dans l’inconnu d’un monde qui se dessine pour elle comme étant plus fantastique…

« Laisse aller ton imagination
Loin des ruines des générations »
(Laisse aller)

« om tu reviens de loin, tu es fatigué
Om tu n’es sûr de rien, il faut oublier
Om tout est à refaire, demain comme hier
Om tu voudrais changer, comment commencer ?
Je t’emmène là où le temps n’a plus cours
Om la dernière guerre est celle de l’amour… »
(OM)

L’amour guide Catherine Lara. L’amour passion, charnel de la musique. Elle en oublie la sécurité d’une carrière déjà bien construite et se lance dans un autre plaisir de musique.
Amer, M. Malfait, directeur et chef l’orchestre de la Caecilia, s’étonne qu’une excellente musicienne puisse laisser la chanson prendre le pas sur l’instrument. Il n’y a pas que lui qu’elle étonne. Les autres, « ceux de la chanson », sont curieusement surpris de voir qu’une « nouvelle », d’un seul pas franchi, s’installe – de plein droit - dans le cénacle des créatifs.
Catherine Lara réconcilie les musiques. La poussière qui entoure la « classique » et la jeunesse des « variétés » semble, avec elle, se fondre dans une seule et même essence. Elle accrédite, en fait, ce qui n’avait jamais cesser d’exister.
Du sang neuf doit couler dans les veines de la musique pour permettre de créer de nouvelles émotions, d’éveiller de nouvelles sensibilités, d’établir d’autres rapports. Car enfin, si la chanson évolue toujours dans un même canevas musical, la magistrale poésie d’un Brel, d’un Brassens ou d’un Ferré ne peut, arriver à son sommet, que répéter l’émotion.
La complaisance facile où s’installent les trop nombreux copistes – véritables chacals de la création – que l’on hisse si hardiment au toit de la gloire et qui détruisent le charme de l’émotion, en ne nous donnant que les relents, font déjà figures d’ancêtres devant cette nouvelle race, dont fait partie Catherine Lara, et qui rejoint, dans un même élan, les Seigneurs de la Chanson.
C’est la réconciliation des « Grands ». Fabuleux horizons nouveaux qui s’ouvrent, aussi généreux que puissants, et qui vont nous redonner, à nous les gens, un nouveau plaisir.
1970, Palais des Sport de Paris, pendant quinze jours, devant cinq mille personnes venues des milieux les plus éclectiques, c’est la réunion des musiques.
En première partie les Musiciens de Paris, en deuxième partie : Jean Ferrat.
Il se passe là-bas quelque chose de généreux et d’extraordinaire quand ce public de « non-initiés » danse et claque en rythme sur les Danses Populaires de Bartok.
Les douanes musicales sautent assurément ces soirs-là !


Et pourtant, c’est le chant du cygne des Musiciens de Paris. Leur directeur artistique et leur violon solo, réunis en Catherine Lara, sont déjà aspirés vers d’autres libertés. La rupture est dessinée sans être consommée car le passage de la vie d’instrumentiste à celui d’artiste de variété est inconsciemment très difficile.
Il faut se rendre compte que Lara fait tous les jours six à sept heures de violon et cela depuis dix-huit ans pour arriver à monter et descendre une gamme sans accrocs et parvenir à dompter les difficultés monstrueuses de cet instrument.

Même, si elle ressent le désir de faire autre chose, il ne lui vient même pas à l’idée qu’un jour elle pourrait arrêter définitivement le violon. Tout la retient dans cette voie : son environnement, ses parents, ses amis et, si la transition s’appelle Claude Nougaro, c’est sous l’aspect du classique, avec la création du quatuor Lara, qu’elle accompagnera le Toulousain pendant quelques temps.
De voir cet homme puissant, tel un taureau, envahir une scène ; de sentir l’atmosphère de fête des salles de spectacles ; de vibrer avec un public en parfaite communion ; Catherine ressent la volupté de cette ambiance l’envahir.
Sans aucun doute, cette transition entre sa vie d’instrumentiste et celle de chanteuse, n’a pas été le résultat d’un combat, ce fut un fait qui se concrétisa par sa rencontre avec une importante productrice de télévision, Denise Glaser, qui la présenta à CBS puis lui consacra d’emblée trois précieux quarts l’heure d’antenne.
Pour son entrée dans le monde de la chanson, Catherine Lara prend donc la grande porte. Mais si pourtant, à travers les écrans de télévisions l’admiration est présente partout, l’émotion ne passe pas comme elle devrait. Sans doute, la nouveauté du ton employé, le son inhabituel, la ligne mélodique qui surprend plutôt qu’elle n’émeut, ne sont pas étrangers à cette réaction. Ce qui n’empêche pas : « T’as pas le temps » de séduire la programmation des radios et de devenir beaucoup plus qu’un succès d’estime.
La presse internationale dans son ensemble, lui reconnaît la perfection et le charme. On l’appelle déjà « la grande Catherine aux instruments multiples ». On parle de « sa voix chaude et sensuelle ».
« Je n’ai pas pensé un seul instant » dit Catherine « que ce premier disque puisse marcher ou pas. Il était là. C’est tout. Je lui avais tout donné ».

On a jeté la boussole
On s’en passe on continue
Puisqu’on a votre parole
Capitaine on vous salue »
(Ballade pour une boussole)

La cave obscure où dans la misère, l’artiste prépare son œuvre ; le grenier fleuri et l’hiver sans feu, l’incompréhension du public qui depuis des années pèse sur les épaules du créateur, autant de clichés qui font partie de la plupart des biographies et qui, en aucun cas, ne s’adressent à Catherine Lara.
Mais il ne faudrait pas déduire, un peu hâtivement, que Lara entre dans la chanson avec une facilité de magicienne ; elle n’est pas la sorcière bien-aimée. Indépendamment du fait d’une certaine liberté d’action, c’est vrai, Catherine rencontre bien entendu les inévitables difficultés propres à l’univers de son métier, qui restent au-delà de la création, dépendant d’une multitude d’actions que l’industrie a prise en mains.

Exception faite de la création d’un disque, la grande émotion d’un artiste et du public est la scène. Rien, ni pour l’un ni pour l’autre, ne remplacera l’ambiance d’une salle de spectacles.
Le fait que chacun se prépare, se déplace, s’installe : le plaisir de l’attente et de la réunion ; la magie d’un autre univers fait de sons, de mots et de lumière ; l’imprévu où se mélangent les sens, rien ne peut dépasser cette rencontre.
Tel un voyage, le spectacle a aussi ses imprévus. Comme par exemple cette soirée où Catherine avait chanté avec Georges Moustaki. Mais, faisons à Catherine le soin de raconter le spectacle :
« Le premier homme merveilleux de ce métier que j’ai rencontré, c’est Moustaki, Georges… Jo… Lui et moi, nous sommes les rois du fou rire et de l’aventure.
Par exemple un matin, il me téléphone :
On s’en va ? On va faire un tour de moto ?
Me voilà derrière sa moto. On fait 1200 bornes ! C’est ça que j’aime chez Moustaki. C’est un mec merveilleux, tellement humain, un Musicien… Oh la la ! Je me rappelle, on lui fait un concert à Carpentras qui a duré sept heures… sept heures !
Il y avait un décor fabuleux : c’était le mur d’enceinte de l’église qui servait de toile de fond à la scène… C’était d’une beauté ! Imagine cette pierre éclairée par les projecteurs.
Magnifique !
On était, Jo et moi, avec une équipe de très bons musiciens et on est resté jusqu’à quatre heures du matin sur scène !
Les gens allaient manger à la Pizzeria qui se trouvait à côté et revenaient. Je n’ai jamais vu ça. Extraordinaire !
Jo se mettait à la batterie, tu sais, il joue de tout, comme ça, pour s’amuser…
Une nuit insensée ! C’était vraiment comme si on était dans notre chambre avec deux mille personnes.

Catherine aime bien manger, aime bien boire et aime bien rire.
Point.
Elle veut qu’on en parle.

Le lit ?
Le lit de « Mademoiselle Lara », artiste de variété, est inondé de lumière par une série de fenêtres donnant au Sud, à l’Est et à l’Ouest, chacune supportée par un châssis cossu aménagé dans le faux grenier de la villa Khiloré située à l’orée d’un joli bois.
Point.
Elle ne veut pas qu’on en parle.

« Sensuelle se glisse
Au fond de mon lit
Aussi nue, insiste
Pour suivre la nuit
Et dans ce lit vide
Sensuelle attend
Le désir avide
De ses douces dents »
(Sensuelle)

Voilà donc Lara propulsée dans le monde du disque et du spectacle de variété. Elle s’y retrouve avec les yeux émerveillés de l’enfance et un cœur qui ne diffère jamais de son plaisir. De l’enfance, elle a tout ; l’enthousiasme, le sens de l’équilibre, le sens du théâtre et de la fête.
Il ne serait pas étonnant qu’un jour elle fasse du cinéma, car elle excelle tantôt dans le rôle de la petite fille fragile, tantôt dans celui du chef décidé, tantôt dans celui du comique troupier où dans le rôle de la femme-femme et de Catherine la tendresse mais, à travers son théâtre quotidien où la rampe est toujours allumée, la véritable Catherine ressemble en fait à l’ensemble de chacun de ses rôles.

« Le soleil se lève en silence
Toi tu rêves déjà et moi je ne dors pas »
(L’Océan)

Des drames aussi, comme celui de Virginie, la petite fille de l’un de ses frères, que l’on retrouve un matin morte, à 13 ans, d’un arrêt cardiaque.
Elle n’en parle pas, elle lui dédie un disque et une chanson :

« Dors petite enfant, tout va bien
Tu as vu le magicien
Dans sa boîte dorée
Il a la clé de tes secrets
Le souffleur de rêves est passé
Il est temps de tout oublier…
… dors petite enfant, tout va bien
Ce matin le magicien
Est venu te chercher
Tes secrets se sont envolés »
(Le souffleur de rêves)

Étrange figure que cette Catherine Lara qu’il est bien difficile d’aimer si on n’aime pas la musique. Car sa vie et la femme qu’elle est n’existe pas sans elle.
A l’heure où la haute fidélité aiguise notre critique et pénètre dans nos habitations, où nous devenons plus attentifs à la qualité d’un disque, à l’imagination musicale, à la justesse du ton, à la beauté du texte et à la chaleur d’une interprétation où notre goût nous fait accepter la réunion des musiques, l’on se demande encore si l’expression populaire se trouve chez les quelques nasillards qui s’en sont appropriés le titre ou si elle renaît dans la peau de ces nouveaux venus qui réconcilient les musiques et les ethnies.
Je crois que l’homme devient plus cultivé, que ses sens s’aiguisent, qu’il a besoin d’une vraie richesse du cœur et de la fête et que son rêve évolue dans le jeu sublime de la beauté.
Le laid ou le beau ?
A vous de choisir !

On se dit à bientôt
On se dit à jamais…

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